Modes et tendances à Toronto

Août 2019

Quand je vivais à Londres et Berlin, je tenais une chronique mode dans les magazines francophones locaux. A l’époque, Bon Cheap Bon Genre était un blog très axé sur la culture mode de la ville dans laquelle je vivais. Grâce aux chroniques dans le Petit Journal Berlin et Ici Londres, j’ai pu obtenir des badges Presse pour les fashion weeks de ces villes. Un accès intime dans ce monde qui fascine et qui m’était encore très étranger.

Une fois à Toronto, j’ai bien pensé à contacter le Petit Journal Toronto pour aussi écrire des articles sur la mode locale. Puis j'ai réfléchi une seconde à ce que je pourrais raconter et je n'ai rien su trouver...

Fashion mode et style a Toronto

La culture mode

Certes, il y a le BATA shoes museum avec des expositions temporaires plusieurs fois par an, il y aussi le Textile Museum of Canada. Il y a même un fashion district dans la zone entre King/Queen et Bathurst/Spadina. Cela dit, ce quartier portait mieux son nom au début des années 1900 qu'aujourd'hui: les usines de textiles ont laissé place aux condominiums, cafés Starbucks et enseignes de lunch healthy à emporter.

Avez-vous entendu parler de la Toronto Fashion Week? Pouvez-vous citer un seul créateur de mode Canadien ou Torontois ? Cette ville n'est pas connu pour son rayonnement en terme mode. The Global Language Monitor, publie tous les ans un index des capitales de la mode et classe Toronto en 60e position, en 2018. Montréal fait mieux, 40e place.

Il y a pourtant plusieurs écoles de mode dans la ville: George Brown College, Ryerson University School of Fashion, classées respectivement 22 et 24 mondiales.

A la fin des années 70, ‘FASHION’ magazine fut lancé depuis Toronto et proposait déjà une vision locale et internationale du milieu de la mode. Avec l'avènement d’internet, la présence digitale s’est largement développée pour faire de la plateforme web le support principale du magazine.

En Amerique du Nord, pour ce qui est de la mode, les grandes villes vivent dans l'ombre de New York. Aujourd'hui encore, Toronto peine à se faire une identité dans ce grand monde de la mode.

Street Style et shopping

Grands magasins, marques de luxe européennes, enseignes fast fashion dans d’immenses centres commerciaux, créateurs locaux et leurs boutiques dans les coins tendance de la ville, il y a pléthore d’options pour ceux qui veulent shopper non-stop.

Les centres commerciaux ne désemplissent pas et n’offrent que des enseignes fast fashion aux tenues adaptées aux adolescentes californiennes. Rien qui s’adapte à la vie à Toronto. Breaking news, l’hiver, il fait froid.

En arrivant au Canada, j’ai très vite adopté l’enseigne Value Village. Si ce nom ne vous dit rien, visualisez le clip ‘Thrift Shop’ du rappeur américain Macklemore et vous aurez un aperçu de ce qu’est un magasin Value Village.

Fringues, chaussures, accessoires, ustensiles de cuisine, livres, cadeaux de Noël, petits appareils électroniques. Value Village a tout ce qu'il vous faut, si vous acceptez de passer un peu de temps à fouiner, supporter l'ambiance parfois glauque et d'être entouré de personnes originales.

Une enseigne que je pensais être seule à visiter tant autour de moi on ne parle pas de mode, de style, où on ne témoigne aucun intérêt pour la mode en général.

Alors imaginez ma surprise quand, au mois de juin, Value Village organisa un défilé de mode avec un créateur Montréalais sur le Nathan Phillips Square ! Cory Tauben piocha dans les stocks du centre de donation pour organiser un défilé sur le thème des années 80 dans le cadre du festival Urbanit_T. L’objectif étant de ‘démocratiser la mode’.

Mais revenons à nos moutons: je n'ai toujours rien à dire sur la mode à Toronto. Enfin...

La tendance, c’est la ville elle-même

Au cours de mon année à Toronto, j'ai commencé à prendre des cours au Underground Dance Studio. J'ai aussi commencé à m'intéresser de plus près aux équipes de sport locales, surtout aux Raptors. J'en ai appris un peu plus sur ces petites bébêtes trop mignonnes qui bouffent la vie des riverains, les ratons laveurs.

Je ne m'étais pas tout de suite rendue compte de l'évidence de la mode locale. Un jour, depuis le tram, j'ai vu une femme passer dans la rue portant un sweater avec un logo qui me paraissait familier pour enfin reconnaitre celui de mon studio de danse. Studio qui vend ses propres sweaters et t-shirts pour étendre sa notoriété dans la ville et donner un sentiment d'appartenance à ses membres.

A ce moment là, j'ai compris: il n'y a pas de tendance particulière à la ville si ce n'est celle d'être torontois et le porter fièrement.

Après cela, je reconnu plus rapidement dans la rue des slogans tels que: "Toronto VS everybody", "Racoons VS Toronto", "Home is Toronto", “Toronto is for Everybody” ou même carrement les lettres YYZ brodées fièrement sur des casquettes. Ces lettres étant la dénomination de l'aéroport Pearson de Toronto.

Fier de sa ville, fier de son équipe

La fierté d'être Torontois, de vivre dans cette ville s'étend jusqu'aux équipes de sportives locales.

L'équipe de basketball, Toronto Raptors a l'avantage de pouvoir se décliner en multiples marchandises: le slogan: "We The North" les joueurs stars "Lowry", "Leonard", "Powell", sans parler des anciens maillots. Avec sa récente victoire en NBA, les Torontois ont pu porter fièrement la casquette et/ou le t-shirt officiel "2019 NBA Champion". Un de mes collègues, d’origine torontoise, s’est même levé au milieu de la nuit pour aller faire la queue dès 3h du matin devant le magasin qui allait vendre en premier les t-shirts officiaux des Raptors champion de NBA. Il le portait fièrement le jour même à 12h. Il l’a porté tout l’été.

Je ne sais pas s'il y a quelque chose de plus torontois que de s'afficher avec le swag des Toronto Raptors.

En fait si: "Fun Guy”, plus “private joke”, tu meurs.

Le rapport ? Il a été reproché au joueur star de l'équipe des Raptors, Kawhi Leonard, de ne pas être un 'Fun Guy', un mec drôle, sympa, détendu. On lui reprochait d’être peut-être un peu trop sérieux. Le mec nous ramène la coupe à la maison et on lui reproche de ne pas être un petit fanfaron.

Si bien que ce dernier devra même s'en justifier en conférence de presse et fera un petit sketch sur scène le jour de la parade, en mimant rigoler aux éclats.

Ce même jour, de la parade, Kawhi portait un t-shirt noir, portant le slogan “Board Man gets paid”. Un autre private joke qui n’appartient qu’aux Torontois. On peut aussi voir dans la rue de fiers locaux porter ce t-shirt.

Moins sexy mais tout autant local, porter un jersey de baseball "Blue Jays" ou encore de l'équipe de hockey "Maple Leafs" est aussi un signe de fierté et d'appartenance à la ville.

Le reste du monde VS Toronto

En 2014, Yanal Dhailieh, inspiré par le slogan “We The North” décide de créer un slogan mettant en avant Toronto car il estime que cette ville du Nord est trop souvent oubliée, mise à l'écart en Amérique du Nord. Parce que c’est au Canada, Toronto est souvent exclue des conversations en terme de divertissements et sports. Avec ce slogan, il unit les torontois face à tous ceux qui ont osé les oublier, les ignorer.

Très vite le succès est au rendez-vous et l’ambition du slogan se voudra aussi grande que le ‘I <3 NY’ à New York.

Un succès taché de zones d’ombres car le slogan fut en fait déjà utilisé chez le voisin américain: “Detroit VS Everybody”.

Depuis 2014, vous pouvez croiser des locaux arborer des t-shirts sérigraphiés 'Toronto VS everybody' ou 'Home is Toronto' vendu par l’enseigne Peace Collective, la société de Yanal Dhailieh. Dans la collection actuelle ? Des t-shirts, sweaters, sacs en trois coloris: noirs, blancs et gris.

Sur le site, c’est très clair, on vous invite même à chercher la catégorie qui vous intéresse par ‘fierté’. Quelle fierté allez-vous porter aujourd’hui ? Votre appartenance à Toronto, au Canada, à votre équipe de football, de hockey, de basketball, de baseball ? Faites-votre choix, ou pas, car vous pouvez tous les acheter.

Vous pouvez même pousser votre fanitude jusqu’à faire porter un t-shirt “Toronto VS Everybody” à votre chien puisque les produits se déclinent aux accessoires pour votre meilleur ami. Le torontois aiment leur ville et leurs chiens.

Les quartiers de Toronto ont très bien su profiter de ce self-love propulsé par Peace Collective et ont aussi développé les accessoires liés à leur image. Dans les magasins de souvenirs, on peut trouver porte clé, posters de la carte des quartiers et même des bougies, ironiquement vendues par une marque appelé ‘Vancouver Candles’.

Puis les temps ont changé, en 2018, on parle déjà un peu plus d’inclusion, surtout à Toronto dont la très grande majorité des habitants sont nés ailleurs qu’au Canada. Une assos locale dévouée à l’inclusion et l’intégration des immigrants à fait sa propre version du t-shirts: Toronto is for Everybody.

Les racoons, on aime les détester

Mais ils sont trop mignons, aussi. Ils defoncent nos poubelles et font la fête dans nos jardins, enfin, surtout pour ceux qui habitent en zones résidentielles. Mais ils sont adorables quand on les croise au petit matin, avec leurs gros yeux et leurs corps de nounours. Le bandit masqué, c’est ainsi qu’on les surnomme.

On adore lire dans l'actualité les histoires de racoons intrépides qui se faufilent dans les grues de chantier, s'incrustent chez des gens, prennent les transports en commun et jouent à cache-cache dans les plafonds de l’aéroport.

Au point d'être devenue la capitale mondiale du racoon. Je pourrais littéralement faire un chapitre sur les ratons de Toronto mais je crois que ce paragraphe suffit à expliquer la relation "je taime moi non plus" que Toronto a envers ses ratons.

Dans les boutiques de souvenirs de Toronto, il est facile de retrouver des accessoires à l'image des ratons de la ville. Mais surtout, le slogan "Raccoons VS Toronto". Evidemment, j'ai le tote bag et évidemment, je suis team racoon !

Fashion mode et style a Toronto

Les marques bien d'ici

Sur le site du Underground Dance Studio, en plus de s’enregistrer à un cours on peut aussi faire un tour sur la section shop et faire le plein de marchandises avec le logo de la marque. Il a été nommé meilleur studio de danse de la ville par la bible torontoise: blogTO.

Forcément avec tout ça, s’afficher avec le sweaters du studio, c’est non seulement montrer son importance mais aussi dire au reste du monde qu’on sait danser.

Dans le même genre, l'association Get Real qui intervient dans les entreprises et écoles pour parler de l'homophobie et la transphobie vend aussi des vêtements sur son site pour s'auto-financer. Un t-shirt aussi populaire et très apprécié en temps de marche des fiertés.

Si vous voyez quelqu'un porter un t-shirt avec la mention 'No homophobia, no violence, no racism, no sexism, yes kindness, yes peace, yes equality, yes Love' dans le dos, soyez sûr que c'est un torontois et doublement fier, à juste titre.

Enfin, la société de transport de la ville, TTC tente aussi de tirer son épingle du jeu en mettant en avant des produits reprenant les ‘street-cars’ de la ville, ces trams rouges qui traverse Toronto du Nord au Sud, de l’est en Ouest. Néanmoins, personne n’étant vraiment fan des transports de sa ville, je ne peux pas assurer que les torontois soient fiers de s’afficher avec un t-shirt ou un tote bag de la TTC.

University of Toronto, UofTO

Bienvenue dans la région du monde ou afficher son école est un signe extérieur de richesse.

L'Université de Toronto est une des meilleures en amérique du nord pour certains domaines. Elle accueille un grand nombre d'étudiants qui choissisent le Canada pour leur éducation. Le Canada à l'UofTO à Toronto et dans la capitale québécoise: University of Montreal ainsi que McGill. S'afficher avec le sweater de l'UofTO c'est montrer avoir fait son choix parmi les élites canadiennes. Home is Toronto, après tout.

Alors que j'écrivais cet article, j'ai croisé un voisin porter un t-shirt 'Home is the North'. La boucle est bouclée. Non vraiment, la mode à Toronto ou “Turonno” pour les vrais, c'est de s'afficher fièrement torontois.

Et en ce qui concerne la fashion week, j’y vais début Septembre, je vous tiens au courant.

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