La Toronto Fashion Week

Février 2020

Sortez le pop-corn et les mouchoirs: préparez-vous aux coups de théâtre, à un suspense intense et surtout soyez attentif, il va y avoir pas mal de personnages dans cette histoire. Un peu comme Game of Thrones mais à notre époque et avec des protagonistes beaucoup plus stylés. En revanche la fin de l’histoire sera aussi amère que celle de la série. Mais si, restez, vous allez voir, ça va quand même être sympa.




TFW: Toronto Fashion Week


Je ne pense pas que beaucoup de personne à Toronto soient capables de dire quand a eu lieu la première Fashion Week de la ville. Je doute davantage qu’ils misent sur l’année 1999. Et pourtant, c’est bien à cette période que le Fashion Design Council of Canada avec à sa tête, Robin Kay, créatrice de mode et Pat McDonagh lancent la Toronto Fashion Week. 


Me croyez-vous si en plus de cela, je vous dis que, non seulement, la Toronto Fashion Week est l'événement mode le plus important du Canada mais aussi la deuxième plus importante en Amérique du Nord ? Loin derrière New-York, certes mais bien devant celle de Montréal, Miami ou Los Angeles !


En 2012 (okay, ça date), la Toronto Fashion Week attirait l’attention des médias aussi bien au niveau national qu’international. Sur les 5 jours de shows, c’était 40 000 invités qui affluaient voir la centaine de créateurs de mode venus présenter leurs collections dans le quartier de Yorkville où les défilés avaient lieu.


Cette semaine de la mode a propulsé des enseignes comme Joe Fresh à une notoriété internationale. Qui l'eut crut ! Joe Mimran, co-fondatrice de la marque Club Monaco, a été approchée par les dirigeants de Loblaws pour créer une collection adulte très fashion à prix défiant toute concurrence. Avant d’avoir des boutiques attenantes aux magasins alimentaires Loblaws, Joe Fresh se présentait sur les podiums de la Toronto Fashion Week.


En 1999, c’est dans l’hôtel de luxe Windsor Arms que les quelques 17 designers canadiens présentaient leurs collections à une salle de 200 personnes. Une autre époque qui se trouve difficilement sur les Internets. Pour revoir les looks et les noms des designers présents en Mai 1999, il faut des photocopies des magazines locaux de l’époque.



Des premiers pas aux grands sponsors


Robin Kay, à la tête du Fashion Design Council of Canada réussit à lancer la semaine de la mode dès 1999 en faisant venir créateurs et médias à Toronto. Le succès est évident et très vite, les grandes marques se présentent pour sponsoriser l'événement.


Au cours des vingt dernières années, Robin Kay s’était fait connaître en tant que créatrice de mode. Elle se lança dans la grande mission de promouvoir l’art de la mode canadienne en créa le Fashion Design Council of Canada (FDCC). En Amérique du Nord, le Canada parvient difficilement à se faire remarquer, trop souvent oublié dans l’ombre du son voisin, les USA. Les créateurs locaux étaient donc snobés, ignorés, boudés. Pourtant, il y avait des talents à mettre en avant et c’est précisément ce que Robin Kay a voulu faire.


A l’époque, ils n’avaient qu’un seul sponsor, Holt Renfrew, le propriétaire d’une chaîne de magasin de luxe locale comme Barneys ou Saks Fifth Avenue aux USA. Le budget était de 25 000 dollars et ils n’étaient que 3 dans l’équipe pour gérer cette première Toronto Fashion Week.


“On faisait tout ! De la stratégie marketing pour l'événement, au média planning et à la création de design. On a aussi revu la vente de ticket pour la Toronto Fashion week et développé une relation partenarialeavec Ticketmaster afin de rendre le show davantage orienté vers le consommateur.” explique Barry Avrich, à l’époque directeur de l’agence marketing Echo qui a travaillé avec Robin Kay pour la première Toronto Fashion Week.


Robin Kay expliqua: “Le but de cette fashion week est de préparer les designers canadiens à la scène internationale, de les préparer aux défilés de mode et à l’exportation de leur marque. Mais avant tout, à s’établir ici, à la maison."


Dès 2002, soit 3 ans à peine après le lancement de la Toronto Fashion week, Beauty by L’Oréal Paris devient le sponsor officiel et offre un vent de nouveauté au nom: L’Oréal Fashion Week. En 2004, la marque italienne Missoni choisira Toronto pour célébrer les 50 ans de la maison italienne avec un show rétrospectif de l'enseigne. Robin Kay se félicitera de ce résultat en si peu de temps, seulement 5 ans après le premier défilé dans la ville. 4 ans plus tard, en 2008, c’est LG (Life’s Good) Electronics Canada qui devient le co-sponsor avec l’Oréal. Le nom reste le même, probablement dans un souci de garder un nom un tantinet glamour. Probablement.


A l’apogée de l’évènement, en 2012, World MasterCard devient le nouveau sponsor en titre et renomme une nouvelle fois la semaine de la mode torontoise en World MasterCard Fashion Week. Pas glamour.



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L’été 2012, Robin Kay et le Fashion Design Council of Canada ont vendu leur fashion week à l’organisation IMG (International Management Group). Une organisation internationalement réputée pour organiser les plus grandes semaines de la mode du monde: New York, Londres, Milan ou encore Berlin. 

Robin Kay semble pourtant tout à fait confiante face à cette décision, et qui ne le serait pas ? 

"Je suis convaincu que le moment est venu pour IMG de faire passer la World MasterCard Fashion Week au niveau supérieur.” Par la même occasion, elle quitte son rôle de directrice et laisse la main à IMG pour qui elle fera du consulting.

Les années qui ont suivi se sont plutôt bien passées, les shows ont continué d’attirer la foule et les designers ne manquaient pas à l’appel. Jusqu’en 2016.


Et c’est précisément à ce moment là que l’histoire bascule.


Pendant 14 années, Robin Kay et le Fashion Design Council of Canada ont accompli un énorme travail pour célébrer la mode et promouvoir le travail des artistes canadiens locaux et nationaux, sur une scène internationale déjà très bruyante. Pendant toutes ces années, cette semaine de la mode fut un tremplin pour de nombreux artistes et un espoir pour l’industrie.


Il a suffit d’une décision, une mauvaise décision camouflée sous ce qui semblait être le coup du siècle. 


En février 2016, MasterCard et L’Oréal se retirent en tant que sponsor et une nouvelle fois, 

le nom change et redevient Toronto Fashion Week. Quelques mois plus tard, IMG annonce fermer la Toronto Fashion week dû à un manque de fonds et de sponsors locaux.


Les défilés de Septembre n’étant que quelques semaines plus tard, l’annonce tomba mal auprès du monde de la mode torontois. Certains designers locaux ont pointé du doigt le prix des tickets pour assister aux shows, trop élevé pour leur clientèle: entre $45 à $1000…


Certains créateurs ont préféré présenter leur collection en dehors de l'événement pour continuer à s’adresser directement à leur public. Il s’avère que défiler lors de la Toronto Fashion Week représentait un certain budget pour les créateurs. On peut estimer un montant total de $3500 pour un jeune créateur jusqu’à $25000 pour une enseigne établie. 


Le blâme se porte aussi sur l’agenda: la TFW intervient bien après la folie des Fab 4: New York, Londres, Milan, Paris. Les acheteurs ont déjà fait le tour de la question et de leur budget sont limité quand vient l’heure de la Toronto Fashion Week. 


D’autres diront qu’IMG était plus intéressé par l’argent et les sponsors que par la promotion des talents locaux. Après le départ des sponsors en début d’année 2016, l’avenir de l’évènement s’est drastiquement assombri. Ce qui semble pourtant être la stratégie d’IMG: réduire la présence des sponsors pour se focaliser sur un petit nombre d’entre eux. Qu’ils soient plus pertinents pour le consommateur et plus proche de l’audience, explique Bernadette Mora, éditrice en chef du magazine Fashion. Si cela a marché pour New York qui attire plus de 150 000 visiteurs à ses défilés, le succès n’a pas pu être répliqué à Toronto avec les 30 000 visiteurs de la semaine de la mode. 


Si les créateurs Torontois furent surpris et amer, devinez qui l’a encore plus mal vécu ? Robin Kay et le Fashion Council of Canada.


"Je n'aurais jamais vendu l'événement si j'avais su que ce serait une période de quatre ans. Le but de la vente de l'événement à IMG était d'élargir Toronto à une plus grand exposition mondiale. C'était la promesse d'IMG.”


Déjà en 2001, IMG semblait déjà intéressé à acheter la Toronto Fashion Week, un an après avoir acquis celle de New York. Dix ans plus tard, après avoir vu l’effet d’IMG sur la New York Fashion Week, Robin Kay était enfin décidée à écouter la proposition d’IMG et croire à un bel avenir pour la TFW. 


Source


Si l’annonce de l’annulation de la TFW fut une surprise pour beaucoup, il était cependant évident pour tous que Toronto allait renaître de ses cendres. Certains y voyaient même là la parfaite occasion de redéfinir cette semaine de la mode et offrir quelque chose de plus approprié aux créateurs locaux, à sa clientèle et à l’industrie locale. 


Et dès l’été 2016, les rumeurs circulaient sur qui rachèterait la projet.


2016 à été une incroyable année pleine de surprise pour le monde de la mode torontois:  Décembre de la même année, Peter Freed, à la tête d’une corporation dans le domaine de l’immobilier, des médias et de la finance annonce avoir racheté la Toronto Fashion Week à IMG. Il sera le sponsors principal de cette dernière aux côté du Hazelton Hotel, Hill & Gertner Capital Corporation et Yorkville Village. 


Quelques changements s’annoncent: l’évènement ne sera plus sur 5 ou 7 jours mais plus que sur 3 et surtout, il commencera avant les défilés des Fab 4, juste avant le début de la New York Fashion Week.


Depuis 2017, les créateurs locaux et nationaux peuvent de nouveau présenter leurs collections à une audience réduite mais toujours fidèle.


13 Janvier 2019, la nouvelle tombe par hasard dans mon fil Instagram comme une vidéo de chat ou d’une citation féministe: la Toronto Fashion Week est annulée.  CANCELED.

Sur Twitter et les autres pages sociales, les organisateurs expliquent qu'ils souhaitent repenser la plateforme et se concentrer sur la meilleure façon d'engager l'industrie,  soutenir les créateurs et s'adresser de façon effective auprès des consommateurs du pays,


La Toronto Fashion Week va t-elle revenir sous un autre format ? Affaire à suivre.


Je vous avais prévenu, pop corn et mouchoir étaient à prévoir, suspense et rebondissements étaient annoncés…