Sinon, je vis à Toronto, Canada

Et celà fait bientôt un an.

Mai 2019

PVT Torotno

Ce qui m'étonne le plus, c'est que personne ne m'ait demandé si j'avais envie de repartir. Quand je cherchais du travail, après avoir vécu 5 ans à l'étranger, entre Londres et Berlin, avoir fait une autre année à Montpellier et me retrouver à Paris pour mon premier emploi dans l'informatique. Personne ne m'a demandé si je comptais finalement m'installer ici.

Mon amie Amandine, elle, a vécu plusieurs années aux USA puis s'est de nouveau expatriée à Berlin en Allemagne, là où nous nous sommes rencontrées. Quand elle est revenue dans sa région natale, à Montpellier, les recruteurs lui demandaient si cette fois, elle allait rester en place.

Pas moi. Pourtant j'avais pour le coup, vraiment l'intention de repartir.

Tant mieux après tout, cela m'a évité d'inventer un mensonge qui tienne la route.

Ce 1er Juillet 2015, dans mon vol, aller simple Berlin - Nantes, je ruminais. Je ne voulais pas revenir en France. Je ne voulais pas quitter Berlin. Plusieurs raisons très personnelles m'ont fait prendre cette décision qui était la meilleure pour moi. Mais cela restait une décision qui ne me plaisait pas.

Dans ce vol de deux heures, je me suis fait la promesse de tout faire pour pouvoir repartir et ne plus jamais me retrouver dans cette situation. De me donner tous les moyens pour pouvoir repartir plus loin.

J'avais fait le tour de l'Europe, je voulais viser plus grand: l'Amérique. J'étais déterminée à réaliser quelque chose de grand car j'étais trop vexée de devoir rentrer en France, devoir recommencer presque, à zéro après toutes ces années et expériences à l'étranger.

Alors quand en Juin 2017, j'avais enfin accompli ce que j'étais venu accomplir en France, j'ai commencé les démarches pour mon PVT au Canada.

PVT Torotno

Pourquoi le Canada, me demande t-on, beaucoup, ici. La réponse semble tous les surprendre: "Eh bien, après avoir vécu en Angleterre puis en Allemagne, je voulais repartir vivre à l’étranger et je me suis dis, cette fois-ci, ça sera l’Amérique. Je ne suis pas insensible à ce qui se passe aux USA, depuis 2016, avec l’élection d’un certain président. Le Canada est assez accessible pour les Français. J’ai tenté ma chance.

Mais pourquoi Toronto et pas Montréal, alors ? "Well… J’aime vivre dans les grandes villes, là où il y a de l’action et où je peux me sentir vivante même si je suis seule. J’ai donc dû choisir parmi les trois grandes villes canadiennes, effectivement: Montréal est francophone et cela ne m'intéresse pas. Vancouver n’avait pas l’air de convenir et le peu que je lisais sur Toronto semblait aller dans l’idée que c’était une ville très orientée sur la gastronomie de part sa diversité culturelle. Cela a été l’argument final."

Je me rappelle une fois, lors d'un entretien d'embauche, en répondant à cette question, mon interlocuteur m'a répondu qu'ici les influenceurs sur les réseaux sociaux ne parlent que de bouffe. Pas de beauté, pas de jeux vidéos mais bel et bien de sortie gastronomique.

Mes connaissances françaises et mes amis français sur place restent sceptiques et me demandent quel est mon problème avec mon pays, ma patrie, la France. Il n'y en a aucun ! J'aime juste vraiment être à l'étranger, découvrir qui je suis dans un contexte qui n'est pas celui dans lequel j'ai grandis. être à l'étranger c'est désapprendre à être française. Cette vérité que je pensais unique en étant française, à travers ma culture, ma langue, semble s'effriter à l'encontre des autres cultures. Ma vérité n'est pas la seule et n'est pas parfaite, ni supérieure.

J'aime être à l'étranger pour découvrir de nouvelles choses, apprendre d'avantage, pour l'expérience d'une nouvelle vie. Et puisque que je peux le faire, pourquoi je m'en priverais ?

La vie est exactement la même que je vive à Londres, Berlin, Paris ou Toronto. Elle est simplement nuancée, où la saveur y est différente, pour continuer sur le vocabulaire gastronomique. Il m'arrive souvent, d'être dans la rue, entre deux rendez-vous et me faire la réflection que "hey, t'es à Toronto quand même, tu es au Canada !" et sourire. Je vis la vie de la même façon car je suis toujours le personnage principal de mon histoire. Le contexte est juste différent. Mais soyons honnête, je ne suis pas vraiment dépaysée ici.

Non, l'herbe n'est pas plus verte ailleurs. Elle est d'une nuance différente et elle est aussi toute aussi belle. C'est cela que je viens découvrir et apprendre.

C'est d'ailleurs, ce qui me pousse toujours, naïvement, à aller voir ailleurs.

En revanche, pour l'expérience Canadienne, je partais avec une certitude: il y aura des hauts, comme des bas. Je m'attendais à me faire entourlouper par les fournisseurs mobiles et internet, comme partout où j'ai vécu. Je m'attendais à galérer avec la recherche d'appartement, car étant à présent, de nouveaux dans la case 'étrangère' de surplus, avec cette fois-ci, une restriction dans le temps de part mon visa.

PVT Torotno

Je savais qu'il y aurait des choses qui allaient m'énerver et peut-être avoir plus de mal à m'accoutumer à certaines choses. Et d'autres qui allaient couler too schüss. Mais à la différence de mes expériences précédentes, je savais comment prendre tout cela à la légère, sans juger trop sévèrement le mode de vie canadien et encore moins le comparer avec la France.

Juin 2018, quand j'ai pris mon aller simple pour le Canada, j'ai repensé à mon vol, 3 ans plus tôt, à l'amertume de quitter ce que j'avais construit à Berlin. J'ai repensé à tous les sacrifices et efforts menés pendant ces trois années en France. J'ai repensé à cette période qui fut longue mais nécessaire. J'étais fière. Je savais que j'avais fait ce que j'avais à faire mais surtout, j'étais prête à écrire un nouveau chapitre. Une histoire plus mature, enrichie des expériences précédentes, des meilleures au plus... riches en enseignement.

Je savais aussi que pour les loupés, les échecs, les ratures, j'allais au moins avoir des histoires drôles à raconter à mes proches qui m'encouragent à découvrir le monde et vivre ma vie.

Car j'en ai beaucoup d'histoire à raconter. Dans quelques jours, cela fera un an que j'ai entamé mon PVT à Toronto. Et je compte bien laisser une trace de mon histoire ici.

PVT Torotno