We The North, une belle histoire racontée par les Toronto Raptors

Juin 2019

Avant de partir vivre à Toronto, un de mes collègues parisiens était un très gros fan de NBA, je le voyais s’enthousiasmer des ‘playoffs’ et de ne pas beaucoup dormir pour regarder les matchs en direct. Il me parlait de temps en temps de ce sport que je ne connaissais pas vraiment. On ne joue pas beaucoup au basketball en Europe.

Toronto Raptor Home Opener 2018

Quand je suis arrivée à Toronto, j’étais résolument déterminée à assister à tous les matchs des sports que l’on pratique ici, au Canada. Je suis d’abord allée voir un match de baseball et soutenir l’équipe des Toronto Blue Jays. Je regardais régulièrement les prix des billets pour les matchs de basketball, de football américain, de hockey. Si le baseball était abordable, le prix des billets pour les autres sports partait très vite en flèche, surtout pour le hockey: l’équipe des Maple Leaf est plutôt bien cotée.

C’est sans vraiment savoir ce que je faisais que j’ai pris mon premier billet pour un match des Raptors, avec un ami qui avait lui aussi le budget à mettre dans un match de basketball: cela nous aura coûté 100 CAD$, une certaine somme pour une place tout en haut des gradins, dans l’angle du stade.

Ce que je ne savais pas non plus, c’est qu’il s’agissait du premier match à domicile de la saison de l’équipe et pour l’occasion, présentation des joueurs, des coachs, des présidents, de la nouvelle troupe de danseurs, musiciens et plein d’autres.

Une chorale était sur place pour chanter et animer la cérémonie d’ouverture alors que la musique retentissait dans tout le stade. Nous en prenons plein les yeux: avec mon ami, nous rigolons de cette démesure américaine: c’est totalement le show ! Alors qu’ils annoncent le noms des joueurs, des flammes sortent de nulle part ainsi que des feux d'artifice. DES FEUX D’ARTIFICE DANS UN GYMNASE !

Des danseurs courent à travers le terrain avec le drapeau “Toronto Raptors” et “We The North”. Un slogan qui s’affiche en grand sur les écrans géants. Un slogan largement porté par les autres spectateurs: t-shirts, maillots, casquettes, sweaters. La plupart des spectateurs portent aussi le maillot avec le nom des joueurs, que je ne connais pas.

Pendant la présentation des joueurs, il y en a qui était plus acclamés que d’autres. Je n’avais pas vraiment idée de ce qui se passait sous mes yeux mais j’étais admirative; le jeu n’avait même pas commencé que j’étais déjà emballée. L’ambiance dans le stade était folle et la mascotte des Raptors prenait soin de s’assurer à tout moment que tout le monde dans le public, qu’importe sa place dans les gradins, soit divertit et passe un bon moment. Aussi, j’avais beau chercher du regard, je ne voyais pas le chanteur Drake, torontois d’origine et grand supporter de l’équipe locale. Si les rapports ont déjà une mascotte, le rappeur canadien peut toujours servir d’ambassadeur. Pas cette fois-ci apparemment.

C’était le lundi 17 Octobre 2018.

Nous sommes le mercredi 19 Juin 2019 et je suis encore sur un petit nuage, très nostalgique de ce match auquel j’ai assisté il y a quelques mois. Je vivais quelque chose d’historique, je ne le savais pas encore.

Ce soir là, nous sommes tous repartis avec un t-shirt rouge “We The North” qui était déposé sur tous les sièges des gradins, en cadeau pour tout ceux venus assister au “Game Opener”. L’autre cadeau fut la victoire de l’équipe torontoise sur celle de Cleveland. Non contente d’avoir été éblouie par le show d’ouverture, j’ai pu aussi en prendre plein les yeux par la puissance et le talent des joueurs sur le terrain. Ca va vite, ils sont précis, réactifs et la foule s’emballe à chaque panier marqué. Forcément, moi, j’ai tout de suite accroché et dès la fin du match je connaissais déjà un peu mieux les règles de ce sport que je découvrais.

Énergisée par le match et fière d’avoir à soutenir une équipe talentueuse, je rentre chez moi ce soir là, en me faisant la promesse d’y retourner.

Une belle saison

Et j’y suis retournée dès que j’eu l’occasion mais cela n’est pas souvent arrivé tant le prix des billets s’envolait au fur et à mesure que l’équipe gagnait ses matchs et se faufilait vers les playoffs.

Comme évoqué à travers l’article sur les 4 saisons de Toronto, l’automne-hiver est passé vite et je n’ai pas eu beaucoup d’occasion de suivre les matchs au stade. En échangeant régulièrement avec mon ancien collègue parisien, je reste alertée de la montée des Raptors dans la compétition.

Dans l’entreprise où je travaillais à cette époque, personne ne parlait des matchs et mes amis francophones n’avaient pas l’air de trop s’intéresser aux résultats de basketball. Je restais toujours aux affûts des billets à prix intéressant avec différentes apps de revente de billet.

Les jours de matchs, les riverains portaient les maillots des joueurs, le slogan “We the North” ou le logo des Raptors. Je savais aussi quand l’équipe gagnait des points lors des matchs tant mes voisins étaient fiers et hurlaient de joie à chaque panier. Cela dit, j’avais des doutes quand les matchs étaient un dimanche soir: il m’était difficile de savoir s’ils réagissaient à un épisode de Game of Throne ou un match des Raptors.

Ces soirs là, je regardais sur mon téléphone l’avancée du match. Il m’était, de toute manière, impossible de dormir.

Les playoffs à Jurassic Parc

Depuis le début des playoffs, des matchs en finale, la foule de supporters se réunissaient sur l’esplanade en face du stade pour encourager leur équipe. C’était la deuxieme fois dans l’histoire des Raptors que ces derniers se trouvaient dans les playoffs, les trois séries de matchs finaux: Eastern Conference demi-finale, Eastern Conference Finale et la NBA Finale.

Pour l’occasion un podium fut installé et des animations avaient lieux. Drake et ses amis venaient regarder le match depuis ce Jurassic Parc et prenaient parfois la parole pour animer la foule et partager avec les autres fans leur joie lors des victoires.

Les finales se jouent en 7 matchs, la première équipe qui remporte 4 victoires gagne et monte vers la finale suivante.

La première rencontre se fait contre l’équipe de Philadelphie, début Mai et après avoir remporté trois victoires chacune, c’est au game 7 que tout se joue: l’équipe qui remporte ce match avance vers la Eastern Conference Finale, la dernière étape avant la NBA Finale.

Un match important car très serré mais surtout, un match historique car le joueur star de l’équipe de Toronto, Kawhi Leonard marqua le dernier point décisif à la dernière seconde. Sur le coup de sifflet final, il lance le ballon, qui rebondit sur l’arceau du panier laissant planer le doute encore quelques secondes, jusqu'à que celui-ci caresse enfin les nattes du filet et retombe au sol. Au même moment, la foule dans le stade saute de joie et les joueurs sur le banc se jettent sur Kawhi. Le score passe alors de 92 à 90 pour Toronto, direction la Eastern Conference Finale. Pour la première fois de leur histoire, ils accèdent à la deuxieme serie de matchs vers la NBA Finale.

Un match incroyable résumé en 3 minutes:

Un coup unique et sacrément magique. C’était donc ça, les cris de mes voisins, les cris de joie dans la rue. Un coup assez incroyable qu’on le regarde en boucle, encore et encore, tellement la beauté du geste, la réaction du public et surtout, l’idée d’avancer vers la NBA finale sont hypnotisantes.

Mi-Mai, les Raptors rencontrent l’équipe de Milwaukee et les élimine en 6 matchs, remportant 4 victoires à la suite. Le 25 mai, au coup de sifflet final, le score est de 100 à 94 pour les Raptors; la folie s’empare de Toronto: cris, chants, klaxons, drapeau, la foule qui quitte petit à petit Jurassic Parc et les bars sortent dans la rue et comptent bien fêter ce moment historique: la qualification en finale.

J’ai ouvert ma fenêtre pour contempler ce spectacle, tout comme mes voisins dont je vois la tête dépasser de leur balcon, eux aussi, reveillés par les cris et les klaxons. Ce n’est pas souvent que l’on peut voir Toronto de nuit, éclater comme un volcan en éruption. Pendant une bonne heure, voitures et passants se sont donnés à coeur joie pour fêter la victoire des Raptors et leur passage en final.

Depuis la fenêtre de mon appart, je ne voyais que ce qui se passait dans ma rue mais je pouvais entendre ce qui se passait tout autour de mon immeuble. C’est seulement le lendemain, en me connectant à Instagram que j’ai pu voir les images de la foule en délire au coin de ma rue.

Si la réaction des supporters fut si importante c’est parce qu’en 24 ans de participation à la NBA, c’est la première fois que l’équipe des Toronto Raptors se qualifie pour la finale. Un événement assez unique pour être fêté comme il se doit.

Les playoffs contre les Golden State Warriors

Les deux premiers matchs avaient lieu à Toronto, les deux suivants en Californie, chez les Golden State Warriors, puis un de nouveau à Toronto, puis Californie, puis Toronto pour l’éventuel dernier match.

Si je ne connaissais pas grand chose de la NBA, je connaissais cependant quelques grands joueurs de la league: Lebron James, qui joua pour sa première saison chez les Lakers de Los Angeles. D’ailleurs, pari perdant pour cette équipe qui n’a pas réussi à se qualifier pour les playoffs. Je connaissais aussi certains joueurs liés aux gossips people: Tony Parker, Lamar Odom, Tristan Thompson, Ben Simons. Mais je connaissais aussi Stephen Curry grâce à une vidéo d’une interview d’après match où sa fille, assise sur ses genoux lui vole la vedette. Suite à cela, j’ai eu l’occasion d’en apprendre plus sur lui et sa réputation dans le monde du basketball. Curry est un des meilleurs joueurs actuel de la NBA et détenteur actuel du titre de champion de la NBA avec son équipe: les Golden State Warriors.

Toronto affronte en finale les actuels champions en titre de la NBA, une équipe solide, forte, structurée avec une poignée des meilleurs joueurs de la league.

Vous pensez bien, que les prix des billets ressemblaient plus au prix d’un aller retour Toronto-Paris: un billet d’avion pris 6 mois en avance, en classe éco. Pour ceux qui voulaient être situé au premier rang, c’était plutôt un billet pris à la dernière minute en classe affaire avec surplus bagage. Bref, il n’y avait rien en dessous de 800 dollars américains, même tout au fond des gradins.

Il aura fallu que je mette la pression à mon réseau social pour sortir voir le match dans la ville et vivre ce que j’ai bêtement loupé lors de la victoire pour la finale. Forcément, trouver un bar avec de la place pour regarder le match n’était pas une mince affaire.

Lors des premiers matchs des playoffs, les supporters pouvaient rester en dehors de l’arena et regarder le match depuis les écrans géants, sur l’esplanade. Avec la montée de l’équipe vers la finale, de plus en plus de personnes venaient s’attrouper devant le stade. Jurassic parc était plein à craquer.

La folie fut telle que les supporters venaient jusqu’à 15h avant le match pour être sûrs d'être acceptés à Jurassic Parc, tant ces places limitées sont extrêmement convoitées. Toiles de tente, barbecues portatifs, chaises longues, glacières, tout ce dont ils avaient besoin pour passer la nuit et attendre que le match commence.

Pour le premier match, la fédération a même offert des tickets aux quatre premiers supporters qui attendaient dans la queue. Ceux-ci ont pu assister directement dans les gradins à la victoire des Raptors contre les Golden State Warriors. Une première victoire qui propulsait l’équipe vers la coupe. Plus que 3 matchs.

Toute la ville s’anima autour de nos joueurs de basketball. Même ceux qui le reste de l’année, ni avait pas porté plus d’attention. Nos basketteurs en final, c’était bien plus qu’un sport, c’était la fierté de la ville, la réputation de Toronto. L’unité pour la reconnaissance. Et cette joie, cette folie, cet amour, c'est extrêmement contagieux: les restaurateurs commençaient à customiser leurs produits à l’effigie des raptors, du slogan "We The North", les magasins proposaient en vente les drapeaux, les publicités des sponsors s’orientaient autour de la victoire des joueurs. Les drapeaux “We The North” s’élevaient un peu partout dans la rue.

Toronto Raptor Jurassic park 2019 Toronto Raptor Jurassic park 2019
Jurassic Park & We The North CN Tower

Par ailleurs, tout le reste de l’année, des restaurateurs et commerçants pouvaient présenter le logo “Ka’wine and dine” sur leur devanture pour inviter le joueur star Kawhi Leonard à venir manger gratuitement dans leur établissement. La star, nouvellement recrutée cette saison est si convoitée et si chérie par la communauté que chacun essaie de faire ce qu’il peut pour que le joueur reste à Toronto les prochaines saisons. Un promoteur immobilier lui a même proposé un penthouse gratuit s’il reste.

Dans la même veine, un magasin de sport sur Queen street avait refait sa façade avec une fresque géante du basketteur marquant un panier. Avec l’arrivée en final, la façade a été repeinte incluant les autres joueurs, le coach, Nick Nurse, aussi fraîchement recruté et Drake, bien évidemment.

Grâce à ces playoffs, le grand public découvre Nav Bhatia Superfan, un homme d’origine indienne, établi au Canada depuis 35 ans et fan ultime des Raptors: depuis 1995, il assiste à tous les matchs à domicile de l’équipe et le répète régulièrement, “Je n’ai jamais manqué un match, jamais été en retard, jamais quitté ma place avant la fin du match. 24 ans plus tard, enfin la victoire”.

Ce bon monsieur, reconnaissable par son turban et son maillot “SUPERFAN 95” est une autre mascotte de notre équipe de basketball: reconnu et apprécié par les joueurs, la fédération, les fans, il devient, en ces temps de victoire, une personnalité publique, une icon des Raptors, au même titre que Drake. Si le rappeur torontois représente davantage la jeunesse dorée, Nav lui, représente tous les autres, les supporters de tous les jours, les supporters de la dernière minute, tous les Canadiens, toutes les cultures, les âges, les genres. Il représente la joie et l’unité, ce qui d’ailleurs, fait du Canada ce que l’on connaît du Canada. Lors des rencontres extérieurs, même les supporters des Golden State Warrior lui faisait un accueil chaleureux, comme il était tout aussi heureux d’accueillir les supporters californiens à Toronto lors des matchs à domicile.

Vous pensiez que j’allais parler que de basketball ? Non… Cette victoire, elle a une plus longue histoire à raconter et Nav pourrait en être le narrateur principal.

Au fur et à mesure qu'une éventuelle victoire s'approche, de plus en plus de monde s’attroupent autour de Jurassic Parc pour participer à cette incroyable fête populaire qu’est la diffusion du match sur écran géant dans la rue.

Le tout protégé par la police, quelques membres de la Saint John’s Ambulance et un service de sécurité bien organisé.

Game 5: 1 point de la victoire

Lundi 10 Juin, pour le 5e match, la victoire à Toronto est très attendue: les Raptors ont déjà remporté 3 matchs contre une seule défaite. Tout prédit leur victoire ce soir, leur 4e victoire et donc, potentiellement, celle du championnat de la NBA.

L’émotion se faisait sentir partout dans la ville. Les conversations ne tournaient qu’autour de cela, tout le Canada était en total soutien pour la seule équipe canadienne dans le championnat. L’amour et la passion sont terriblement contagieuses, elles s’étendent au delà des frontières et touchent même les plus insensibles. Aux USA aussi, ils soutenaient l’équipe canadienne tant l’histoire de ces outsiders qui luttent jusqu’en finale fait plaisir à voir.

Nous aimons les belles histoires, nous aimons les happy endings. Avec le succès de l’équipe, le slogan “We The North” se fit connaître là où personne ne s'intéressait aux Toronto Raptors. Sur les réseaux sociaux, le hashtag était utilisé partout aux USA en soutien à l’équipe.

Après tout, les Raptors ont éliminé du championnat un bon paquet d’équipes américaines et quitte à perdre, autant perdre contre le gagnant du championnat, n’est-ce pas ?

La veille du Game 5, à une victoire de la coupe, même les prêtres parlaient de la victoire des Raptors dans leur sermon. Ai-je dit que cette folie était contagieuse et dépassait toutes les frontières? En voilà une autre preuve.

Si les soirs précédents j’avais pu assister aux matchs à mon nouveau boulot, avec mes nouveaux collègues, ce soir là, personne ne semblait décidé à revenir au bureau à 21h pour le début du match. Il pleuvait, il faisait froid, la météo avait tué la motivation des gens que je connaissais. Je me décide à retourner au bureau seule et assister au match avec mes nouveaux collègues dont j’aurais en plus la chance de rencontrer par la même occasion. Le seul problème, c’est qu’une fois sur place, mon badge ne m’a pas laissé entrer dans le bâtiment et ne connaissant pas les collègues qui assistaient au match, à l’intérieur, je n’ai pu appeler personne pour que l’on vienne m’ouvrir.

Vexée et fâchée, je rentre chez moi pour suivre le match depuis mon téléphone et le cris de mes voisins. Leur silence m’inquiète, le score est serré, ils jouent au coude à coude avec l’équipe adversaire pour au final perdre le match à un point près.

Si j’entendais des cris toute la soirée dehors, les rues sont devenues tristement silencieuses. Nous nous attendions tous à la victoire et elle nous est passé sous le nez. Je suis triste car je voulais voir mon équipe remporter cette victoire, je voulais qu’ils gagnent à domicile. Et puis, à un point près, c’est tellement frustrant ! Mais au fond de moi, je savais qu’il me reste une chance pour assister au match avec la foule et vivre l’Histoire au coeur de Toronto.

Game 6: “the 6ix in 6”

Le lendemain, mon collègue me demande si je suis venue au bureau regarder le match. Je lui raconte alors mon fiasco et me promet de m’accompagner pour le prochain match. Bien, car seule ou accompagnée, je serais quand même sortie dans la rue. Je voulais être témoin de cette victoire, du réveil de Toronto.

Si les rues de Toronto grouillaient de supporters lundi soir pour le game 5, je me demandais vraiment où était toute la foule ce jeudi soir pour le match. Le Game 6 se déroulait à Oakland, en Californie, chez les Golden Warriors.

Dès 21h, mon collègue et moi déambulons dans les rues de Toronto vers Jurassic Parc. Sachant très bien que les fans y attendaient des heures en avance, je savais qu’il n’y avait aucune chance qu’on puisse y entrer mais je voulais quand même voir à quoi ressemblait cette fan zone exceptionnelle.

A l’approche du Bremner Boulevard qui mène droit au ScotiaBank Arena, les rues sont bloquées par des voitures de police et l’on peut voir au loin une foule encadrée par tout un service de sécurité.

Sur le boulevard Bremner, on pouvait voir au loin, sur le flanc de l’arena un écran géant et son podium, encerclé par des grandes barricades: l’unique Jurassic Parc Sur tout le boulevard, d’autres espaces de diffusion étaient installés et presque six écrans se suivaient sur toute la route, quasiment jusqu’au pied de la CN Tower, qui semblait veiller sur nous, elle aussi spectatrice de cette victoire.

Il y a beaucoup de monde, mine de rien et les 6 espaces de diffusion sont pleins à 90% mais on ne peut pas y entrer, on ne nous laisse pas l’accès. Un grand nombre de personnes sont là pour assurer la sécurité et l’organisation de la diffusion du match. Des toilettes sont mêmes installées dans chaque espace.

Le dernier espace est grand ouvert et s'étend jusqu’à l’esplanade de la CN Tower. Nous décidons de nous mettre là puisque c’est seul endroit où nous pouvons être acceptés ! Il y a du monde mais nous avons de la place.

Toronto Raptor Jurassic park 2019

Enfin installés, le deux premiers quarts du match ont déjà eu lieu et le score est très serré. Ils jouent du coude à coude. La foule est en trans à chaque panier, en particulier les plus beaux marqués par notre équipe.

Je ne vais pas mentir, le jeu des Golden State Warrior est aussi impeccable. En revanche, si eux défendent leur titre de champion, les Toronto Raptors eux, ont une réputation, un premier titre, un défi inédit et un rêve de tout une vie à gagner ce soir. Ils ont clairement plus la rage de gagner.

Le quatrième quart commence, c’est le plus stressant, les minutes sont longues, surtout les 5 dernières. Lors de la dernière minute de jeu, les Raptors mènent de deux points, ils savent qu’ils peuvent remporter le championnat, là maintenant mais que cette dernière minute peut aussi tout changer. Ils vont vite, les Warriors tentent un tir à 3 points et boom, le ballon rebondit à côté, tous les joueurs se jettent sur le ballon pour avoir une dernière chance et tombent à terre se battant comme des gosses pour le ballon.

Pour la foule, les dernières secondes se sont écoulés et le match est bouclé, ils commencent à sauter de joie et un feu d’artifice amateur éclate dans le ciel; au dessus de la foule.

Mais les joueurs sur l’écran géant ne sont pas pour autant en train de faire la fête, au contraire, ils sont en attente sur le terrain. L’arbitre veut revoir la chute engendrée par les joueurs qui tentaient de récupérer le ballon. Finalement, il donne au Raptors deux lancers francs que le joueur star Kawhi Leonard réussi. Ainsi, il emmena son équipe sur le podium des champions de la NBA, 3 secondes plus tard, quand le coup de sifflet final retentit pour de bon.

Cris et sauts de joie, dans la foule, les feux d’artifice reprennent, ça court de partout, c’est la folie ! Et ce n’est que le début...

CHAMPIONS DU MONDE !

Wow, quel match, quelle saison, quelle finale ! Alors que la foule danse, chante, saute partout, cris, se serrent dans les bras, à l’écran, un podium a été installé sur le terrain de basket et les joueurs portent maintenant un t-shirt blanc et une casquette noire ‘NBA CHAMPIONS’. Des cotillons colorés tombent et ont leur remet un trophée.

Toronto Raptor Jurassic park 2019
Les Raptors
Toronto Raptor Jurassic park 2019
Nav Bahtia Superfan après le match final.

La foule commence à chanter en coeur ‘MVP! MVP! MVP!’. Mon collègue et moi interrogeons, nous ne sommes pas sûrs de ce que cela veut dire. On demande à quelqu’un dans la foule qui nous répond: “Most Valuable Player”.

Kawhi Leonard, la star du match reçoit un autre trophé, la récompense pour le meilleur joueur de la finale, le deuxième de sa carrière. La fête se poursuit dans la rue. Un groupe de jeune lance la chanson “Started from the bottom” de Drake qui rappelle que pour arriver au niveau des stars on commence d’abord par la case zéro. Probablement ce que tous les supporters ressentent à l’heure actuelle, maintenant que l’on fête le premier championnat NBA remporté !

Nous suivons le mouvement de foule, tout le monde crit, toute le monde chante, tout le monde marche vers King street et s’avance plus au nord, vers une des places principales de la ville: Dundas Square.

Certains lancent encore des feux d’artifice, des fumigènes, personne ne rentre chez soi, personne ne rentre se coucher, personne ne veut partir. Certains ici n’étaient même pas nés quand le rêve des Raptors a commencé. D’autres attendent cela depuis toujours. Ils ne vont pas se coucher tout de suite.

Nous sommes bloqués sur King street, la rue est protégée par la police. J’apprendrais plus tard que la plupart des grandes rues de Toronto entre Dundas Square, Nathan Phillips Square et le Jurassic Parc furent fermées pour protéger la foule des voitures. Ou protéger les voitures des supporters. A peine sortie de l’avenue principale nous retrouvons une autre foule de personne arrivant de partout, sortant des bars, grimpants sur les lampadaires, les feux de signalement, les camions, s’accrochant même aux câbles du tram.

La rue est électrique: tout le monde est super excité, les cris ne cessent pas, tout le monde est heureux, chante, danse, court partout. Ils sont magnifiques à voir, tous.

Déterminée à découvrir ce que Toronto et les Torontois sont capables en ces temps historiques, nous décidons de marcher jusqu’à Dundas Square, les rues sont inaccessibles en voiture et heureusement car la foule qui s’y accumule n’aurait laissé aucune place aux automobilistes ! Un bus est stationné au milieu de la route pour protéger la foule et bloquer l’accès à d'éventuel véhicules. Les supporters commencent à grimper dessus. Alors que nous nous approchons de la place, un léger coup d’oeil derrière moi me fait prendre conscience de la masse qui nous suit: toute la ville a pour projet de se regrouper à Yonge et Dundas.

Il est de plus en plus difficile d’avancer dans la rue, la masse est trop compacte, personne ne veut partir de là: le centre commercial Eaton est en rénovation et des échafaudages couvrent toute la partie côté rue du bâtiment; c’est exactement là que les supporters ont décidé de grimper pour crier de plus haut, faire voler leur drapeau à la vue de tous. Alors que certains sont déjà sur les échafaudages, d’autres s’arrêtent en plein milieu, avec les barres métalliques. De l’autre côté de la rue, les supporters les plus téméraires grimpent aux lampadaires. Je crois que ce soir là, aucun lampadaire ni feux de signalement n’aura été épargné.

C’est enivrant, cette liesse est magnifique à voir, être spectateur de ce show donné par les torontois est magique. N’étant pas une grosse fan des mouvements de foule et mon collègue encore moins, nous décidons de sortir de la masse et se rendre vers Nathan Phillips Square, l’autre haut lieu emblématique de la ville. De là, nous croisons une autre foule qui se dirige droit vers Dundas Square dans l’espoir d’être là, là où il faut être ce soir, là, ensemble, pour fêter cette victoire collective.

Pendant ce temps à Oakland, nos joueurs célèbrent leur victoire à leur manière. On l’apprend en direct à travers les réseaux sociaux: ils s’aspergent de champagne dans les vestiaires au point qu’ils portent tous des lunettes de ski pour se protéger les yeux. Leurs vêtements sont trempés, le sol des vestiaires a été recouvert d’une bâche en plastique, probablement en vue de cette explosion de joie. Un journaliste de CBC Canada montrera les images du sol, jonchés de bouteilles de champagnes vides.

Avec le sourire jusqu’aux oreilles et des étoiles dans les yeux, les joueurs prendront le temps un par un de répondre aux questions des journalistes et surtout, remercier et féliciter les supporters qui remportent aussi ce championnat. Bien que le journaliste informe les joueurs de l’état actuel des rues de Toronto, ils sont loin d’imaginer ce qui les attend dans quelques jours, quand ils vont rentrer à Toronto avec la coupe.

Nous marchons jusqu’à Nathan Phillips square où d’autres feux d’artifice ont lieu, la plupart des gens sont réunis autour de la fontaine, certains mêmes sont dans la fontaine.

En marchant plus loin sur Queen, on passe devant le magasin OD et la façade géante des basketteurs. Au même moments, une voiture passe avec des supporters hors des fenêtres brandissant le drapeau “We The North”. Moment parfait.

Les voitures klaxonnent encore, tout le monde continue à crier. Je n’ai jamais vu cette avenue principale aussi blindée de monde. Si moi je suis sur le chemin du retour, je ne peux pas en dire autant pour tout le monde ici. Il est clair qu’avec les klaxons et la foule dans la rue qui crie et chante, je ne dormirais pas tant qu’ils ne dormiront pas.

J’ai eu tort, il est 2h du matin passé, je m’endors la seconde après avoir éteint la lumière.

Toronto Raptor Jurassic park 2019

Dès le lendemain, à 12h, j’apprendrais sur les réseaux sociaux que la fresque murale du magasin OD a été mise à jour, cette fois-ci avec le trophé de la NBA ! Ils n’auront pas traîné à faire le nécessaire !

Je vois aussi des queues infinies de supporters, à 9h pétante attendre devant les magasins de sports pour se procurer les nouveaux t-shirts, casquettes, maillots et sweaters siglé “2019 Champions”. Incroyable de voir que les produits sont déjà en magasins ! Là aussi, ça n’aura pas traîné.

Je vois une peinture murale de Drake qui a été mise à jour avec le message “Si tu lis ce message, c’est que nous sommes champions de NBA!” là où avant, il n’y avait rien d’autre que Drake portant le maillot des Raptors.

Une autre fresque murale représente Nick Nurse, le coach recruté cette saison et qui, avec Kawhi Leonard, amenna Toronto aux sommets de la NBA. Le coach est représenté comme une icone biblique, des bougies et fleurs sont déposés tout autour de lui comme un saint.

Plusieurs peintures murales émergeront dans les jours qui suivent avec le profil de Kawhi Leonard, nommé, à juste titre, King of the North.

La folie Raptors n’est qu’à ses débuts et ne touche pas que Toronto, que l’Ontario ni que le Canada mais aussi les USA. Des dessins inspirés de la série Les Simpsons apparaîtront présentant l’équipe et les amitiés des joueurs.

La parade

Lundi 17 Juin, en partant au travail ce matin là, je voyais déjà à travers les comptes liés à l’actualité de Toronto, que des supporters de l’extrême siégeaient jusqu’à 7h du matin sur la place. Dès 9h, l’esplanade était noire de monde.

“Bah? Tu ne vas pas à la parade, Anaïs superfan???!” me demande mon collègue, ce lundi matin en me voyant arriver au bureau. Je lui explique qu’étant nouvelle dans la boîte, je me voyais pas déjà poser un jour de congé pour aller à la parade. D’autant plus que les joueurs sont censés arriver à Nathan Phillips Square qu’à 12h30. Il m’assure que les managers l’auraient totalement acceptés si j’avais voulu y aller.

Il a probablement raison, car il n’y a personne au bureau. Cela dit, autant je voulais assister aux matchs, autant, les regarder passer dans un bus, un peu moins.

Toute la journée, j’ai suivi le live de la parade depuis le bureau. C’était assez impressionnant de voir 2 millions de personnes s'agglutiner en bord de route dans l’espoir de pouvoir crier en personne à quel point ils sont fiers d’eux et que cette victoire, et bien, c’est bien plus qu’une coupe de NBA.

Drake fut évidemment partie de la procession et rejoint les joueurs dans le bus à toit ouvert. Nav Bhatia aussi, fut là, il avait sa voiture spéciale et il se régala à saluer tous les supporters. La fédération le considère assez pour lui donner sa place, sa part de responsabilité, une reconnaissance dans cette victoire.

La dernière fois que Toronto a pu célébrer une telle victoire remonte à 1983 quand les Blue Jays, l’équipe locale de baseball avait remporté le championnat. Dans la presse, on peut lire que le Canada n’est plus seulement un pays de joueurs de hockey mais aussi de basketball. Après tout, c’est bien ici que ce sport a été inventé.

La parade fut si importante que les joueurs arrivèrent avec 2 heures de retard au Nathans Phillips Square et ils purent donner un speech en présence de Justin Trudeau, le premier ministre, John Tory, le maire de la ville, qui avait déclaré préalablement ce lundi, le “Raptors Day”.

Emus par la foule qu’ils ont pu saluer pendant les 5h de route entre le début de la procession et le podium, ils remercient chaleureusement tous les fans pour leur encouragement et leur soutien à travers cette saison. Dans la presse on lira que les joueurs étaient incroyablement touchés de voir autant de monde se déplacer et venir les voir.

Comme ce soir d’octobre, l’année dernière, je rentre chez moi avec la promesse de retourner voir les Raptors jouer au stade. Si l’année dernière j’avais dû débourser 100$ pour un ticket tout au fond des gradins, à la rentrée prochaine, je doute de pouvoir en trouver à ce prix là mais il est certain que ma relation avec les Raptors est loin d’être pour autant finie.